J'ai mis du temps avant de vraiment structurer mon sourcing. Pendant presque un an, je publiais une offre, j'attendais des CV, et je me demandais pourquoi je tombais toujours sur les mêmes profils. Ou pire : personne ne répondait. À Marseille, sur certains métiers techniques, la concurrence est rude. J'ai dû apprendre à aller chercher les candidats, pas juste les attendre.

Voici ce que j'ai mis en place, ce qui a fonctionné, et quelques outils que j'ai testés concrètement avec mon équipe.

Ce que "sourcing" veut vraiment dire quand on dirige une TPE

Le mot fait un peu peur. Ça sonne consultant RH grand groupe. Mais le sourcing, c'est juste l'ensemble des actions pour trouver des candidats avant même qu'ils postulent. Rien de mystérieux.

La différence avec une simple offre d'emploi ? Vous ne subissez plus le flux. Vous allez le chercher. Et quand on a une petite structure comme la mienne, ça change tout : on n'a pas le temps ni le budget de rater trois recrutements d'affilée.

J'ai identifié deux grandes logiques. La première, c'est le sourcing passif : vous publiez, vous attendez. La deuxième, c'est le sourcing actif : vous prospectez, vous contactez, vous créez une base de données de candidats que vous alimentez en permanence, même quand vous n'avez pas de poste ouvert. Cette deuxième approche demande plus d'organisation au départ, mais elle fait gagner un temps fou sur le long terme.

Les méthodes qui m'ont vraiment rapporté

La cooptation, largement sous-estimée

Je commence par là parce que c'est la méthode qui m'a donné les meilleurs résultats, avec le budget le plus faible. J'ai simplement demandé à mes salariés de me recommander des profils de leur réseau. J'offre une prime si la personne est embauchée et passe la période d'essai.

Concrètement : deux recrutements sur cinq en 2023 sont venus de là. Les personnes cooptées s'intègrent plus vite, parce qu'elles connaissent déjà quelqu'un dans l'équipe. Et le risque de mauvaise surprise est plus faible, parce que mes collaborateurs ne vont pas recommander quelqu'un qui va leur faire honte.

Le seul bémol : ça crée parfois des situations délicates si ça ne se passe pas bien avec la recrue. J'en ai fait l'expérience une fois. À gérer avec tact.

LinkedIn, oui, mais pas de la façon dont on le croit

La plupart des dirigeants de TPE que je connais utilisent LinkedIn pour poster une offre et basta. C'est dommage. La vraie puissance, c'est la recherche de profils en direct. Avec un compte gratuit, on peut déjà filtrer par localisation, secteur, titre de poste. Avec Sales Navigator (environ 80€/mois), on va beaucoup plus loin.

Ce que je fais : je recherche des profils, je les enregistre dans une liste, et je les contacte avec un message court et personnalisé. Pas un copier-coller. Un vrai message qui montre que j'ai regardé leur profil. Le taux de réponse monte à environ 30-40% quand le message est bien ciblé. Avec un template générique, on tombe à 5-10%.

Bon, par contre, ça prend du temps. Et si vous ne l'avez pas, cette méthode peut vite vous peser. J'essaie de bloquer 1h par semaine pour ça, pas plus.

Les jobboards : choisir plutôt que multiplier

Je publie sur trois plateformes maximum. Pas quinze. Ça ne sert à rien de se disperser. Mon trio actuel : Indeed (pour le volume), LinkedIn Jobs (pour les profils un peu plus qualifiés), et selon le secteur, une plateforme spécialisée.

Pour les postes techniques que je recrute souvent, je consulte régulièrement un comparatif des plateformes de recrutement avant de décider où investir mon budget. Les tarifs changent, les audiences aussi. Ce que je payais 200€ il y a deux ans me coûte maintenant le double sur certains jobboards. Il faut rester informé.

Un tableau pour comparer les trois plateformes que j'utilise le plus :

Plateforme Tarif indicatif (offre simple) Type de profils Mon avis
Indeed Gratuit à 5€/jour (sponsorisé) Tous niveaux, fort volume Bon pour démarrer, beaucoup de CV à trier
LinkedIn Jobs À partir de 170€/offre Profils qualifiés, cadres Plus cher mais meilleure qualité moyenne
France Travail Gratuit Demandeurs d'emploi Utile pour certains profils, souvent oublié à tort

Les écoles et CFA, un canal souvent oublié

Pour les postes en alternance ou les premiers emplois, j'ai établi des contacts directs avec deux écoles de commerce et un CFA près de Marseille. Je n'attends pas les forums. J'envoie un email au responsable des relations entreprises en septembre, et souvent j'ai des CV dès octobre.

Ça m'a coûté zéro euro. Et j'ai trouvé deux alternants vraiment bons comme ça.

La fiche de poste : l'étape que personne ne soigne assez

J'ai longtemps bâclé ça. Je copiais une description générique, j'ajoutais deux ou trois lignes, et je publiais. Résultat : des candidatures hors cible, un tri chronophage, et des candidats qui arrivaient en entretien sans vraiment comprendre ce qu'on attendait d'eux.

La rédaction d'une fiche de poste correcte, ça prend du temps, mais ça filtre naturellement les profils. Une bonne fiche doit inclure les missions réelles (pas idéalisées), le niveau d'autonomie attendu, les outils utilisés, et les conditions de travail concrètes. Pas de langue de bois.

Exemple concret : pour un poste d'assistant administratif, j'ai ajouté dans la fiche que la personne allait travailler seule sur certaines plages horaires, gérer des appels entrants à fort volume, et maîtriser Excel à un niveau intermédiaire. J'ai reçu moitié moins de candidatures, mais presque toutes étaient pertinentes. J'ai gagné deux jours de tri.

Quelques points que j'intègre maintenant systématiquement :

  • Le contexte de l'équipe (taille, ambiance, organisation)
  • Les vrais critères non négociables, séparés des "nice to have"
  • La fourchette de rémunération (oui, ça fait peur, mais ça évite des malentendus)
  • Le type de management : directif, participatif, autonomie forte
  • Un aperçu des 90 premiers jours dans le poste

Ce dernier point, je l'ai ajouté il y a six mois sur conseil d'un ami RH. Les retours des candidats ont changé du tout au tout. Ils arrivent mieux préparés et posent de meilleures questions.

Construire une vraie base de candidats

C'est là que beaucoup de petites structures décrochent. On reçoit des CV, on les stocke dans un dossier Windows nommé "Recrutements 2022", et on ne les retrouve plus jamais. J'ai fait ça pendant des mois.

Maintenant j'utilise un ATS (Applicant Tracking System). Pas un outil complexe. J'ai commencé avec la version gratuite de Notion pour organiser mes candidatures, puis je suis passé à un outil dédié quand le volume a augmenté. L'idée : chaque candidat qui postule, même si je ne le recrute pas tout de suite, entre dans ma base de données de candidats avec une fiche, des notes, et un statut.

Résultat concret : il y a trois mois, j'ai eu un départ imprévu dans mon équipe. Au lieu de repartir de zéro, j'ai cherché dans ma base. J'avais un profil intéressant que j'avais vu six mois plus tôt mais que je n'avais pas pu recruter à l'époque faute de poste. Je l'ai recontacté. Il était disponible. Embauché en deux semaines. Sans payer une offre d'emploi.

Ce type de situation, c'est exactement pourquoi le sourcing est un travail de fond, pas juste une action ponctuelle.

Ce que doit contenir une fiche candidat minimale

  • Nom, prénom, coordonnées
  • Poste visé et date de contact
  • Source (LinkedIn, Indeed, cooptation, candidature spontanée)
  • Notes sur l'entretien ou le premier échange
  • Statut (à recontacter, pas retenu, intéressant pour un futur poste)
  • Date de disponibilité estimée

Rien de compliqué. Mais sans structure, on perd des profils qui valent de l'or.

L'entretien : préparer pour ne pas improviser

J'ai longtemps pensé que l'entretien, ça se faisait naturellement. Qu'une bonne conversation suffisait. C'est faux. Enfin, pas complètement faux, mais clairement insuffisant.

La réalité : quand on n'a pas pris le temps de préparer un entretien de recrutement, on finit par parler surtout de son entreprise, on oublie des questions importantes, et on se retrouve à devoir rappeler le candidat pour demander des précisions qu'on aurait dû obtenir sur le moment.

Ce que je fais maintenant : je prépare une grille d'entretien à l'avance pour chaque poste. Elle contient des questions sur les compétences techniques, des mises en situation, et quelques questions comportementales. Je l'adapte selon le profil du candidat, mais j'ai toujours une base.

Exemple de mise en situation que j'utilise pour un poste commercial : "Vous relancez un client qui ne répond plus depuis trois semaines. Comment vous organisez-vous ?" La réponse me dit beaucoup plus de choses qu'un "Vous avez de l'expérience en relance client ?" classique.

Je note aussi pendant l'entretien. Pas massivement, mais les points clés. Quand j'en vois trois ou quatre dans la même semaine, sans notes, je confonds les profils. Ça m'est arrivé, et c'est gênant.

Les outils que j'ai testés et ce que j'en pense vraiment

Quelques outils concrets, avec mon avis honnête :

  • Recruitee : ATS bien pensé, interface claire, bon rapport qualité/prix pour les petites structures. À partir d'environ 185€/mois. Un peu cher pour une TPE, mais si vous recrutez souvent, ça vaut le coup.
  • Notion (en DIY) : gratuit, flexible, mais demande de la rigueur pour ne pas partir dans tous les sens. Bien si vous débutez et n'avez pas de budget.
  • Teamtailor : interface agréable, bonne page carrière intégrée, utile pour soigner son image employeur. Tarif sur devis, souvent entre 200 et 400€/mois selon la taille. Trop pour moi, mais je comprends l'attrait.
  • LinkedIn Recruiter Lite : environ 110€/mois, utile si vous faites du sourcing actif régulièrement. J'ai testé trois mois. Bon retour sur investissement sur des profils qualifiés.

Franchement, je déconseille de commencer avec un outil trop complexe. J'ai perdu du temps à configurer un système que je n'utilisais pas correctement. Mieux vaut un outil simple, bien utilisé, qu'un outil puissant mal maîtrisé.

Et pour les offres d'emploi elles-mêmes, ne sous-estimez pas Indeed en version sponsorisée sur des budgets de 5 à 10€/jour. Sur des postes peu qualifiés ou très locaux, le retour est souvent meilleur qu'une offre fixe à 300€ sur un jobboard premium.

Ce que j'aurais voulu savoir dès le départ

Le sourcing n'est pas une science exacte. Ce qui marche pour un secteur ne marche pas pour un autre. Ce qui marche à Paris ne marche pas forcément à Marseille, où les dynamiques du marché sont différentes.

Ce que j'aurais voulu qu'on me dise plus tôt : traitez le recrutement comme un processus commercial. Vous avez un "produit" (le poste), une "cible" (le candidat idéal), des canaux de distribution (les jobboards, LinkedIn, la cooptation), et un tunnel de conversion (candidature, entretien, offre, embauche). Si vous raisonnez comme ça, vous optimisez beaucoup mieux.

Et surtout : ne attendez pas d'avoir un poste ouvert pour commencer à sourcer. Les meilleurs recrutements que j'ai faits, c'est quand j'avais déjà un vivier. Quand j'ai dû recruter vite, dans l'urgence, j'ai fait des erreurs. Toujours.

Alimenter sa base, entretenir son réseau, soigner ses fiches de poste, ça prend du temps chaque semaine. Mais ça évite les recrutements catastrophiques qui coûtent infiniment plus cher que le temps investi.